Oeuvre
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III Bibliographie
- "Mensonge romantique et vérité romanesque" - Grasset 1961
Une critique des grands chefs-d'oeuvre de Cervantes, Stendhal, Flaubert, Dostoïevski et Proust sous l'angle des processus que René Girard venait de découvrir : désir mimétique, médiation externe et interne ainsi que du fait que "seuls les grands écrivains réussissent la peinture de ces mécanismes sans la fausser au bénéfice de leur Moi : on tient là un système de rapports qui paradoxalement ou plutôt pas paradoxalement du tout, varie d'autant moins que les écrivains sont plus grands."
- "Proust a Critical Anthology" - New-York, Prentice Hall 1962
- "Dostoïevski, du double à l'unité" - Plon 1963
- "To Double Business Bound" - The John Hopkins University Press 1978 et Athlone 1988
Le dernier n'est pas chronologique mais je les liste ici car je ne les ai jamais eu entre les mains. Cependant 5 chapitres du dernier livre cité ont été traduits pour le recueil "La voix méconnue du réel".
- "La violence et le sacré" - Grasset 1972 et Grasset collection Pluriel 1980
A mon avis la pierre angulaire de l'oeuvre. Devenu chrétien par son travail d'analyse et de critique des textes (pour ne rien dire de la grâce divine), René Girard nous présente ici les pièces à convictions sans aucune référence au christianisme ; dans l'ordre de sa conversion en quelque sorte : rituels sacrificiels des religions archaïques, nature de la tragédie grecque, une grave remise en question de Freud et du "complexe d'Oedipe" (car il démontre qu'Oedipe est innocent de l'inceste et du parricide dont on l'accuse et que par conséquent son procès devrait tourner court), une apologie de Freud et de "Totem et tabou" (car y est admis le principe du meurtre collectif fondateur des sociétés), une critique du Structuralisme ("Il n'y a que les universitaires et les bureaucrates pour s'imaginer que tout commence toujours par des comités" nous dit-il ailleurs) et l'affirmation de l'unité des rites. Tous ceux que le christianisme indispose pourraient commencer par là. Si je ne me trompe, le monde aura tremblé sur ses assises pour la fin de leur lecture.
- "Critique dans un souterrain" - Lausanne, L'Age d'Homme 1976
Une excellente critique de l'oeuvre de Dostoïevski, un auteur qui a cherché et semble-t-il trouvé dans le christianisme l'exorcisme de ses nombreux démons mimétiques. Une approche éclatante du parcours de ce romancier de génie, du Dostoïevski romantique (et donc creux) des débuts, à celui qui prend conscience des mécanismes mimétiques à partir de son livre "Le Sous-Sol" puis qui se met sur la route de la conversion au-travers de son oeuvre ultérieure et des chefs-d'oeuvre qui naissent alors. La théorie mimétique apporte une grille de lecture incroyablement efficace de toute littérature. On ne devrait pas se laisser rebuter par l'aspect à priori spécialisé de cette partie de l'oeuvre de René Girard. Son style est simple et clair, les parties discutées sont exposées in-extenso. Ses livres de critique littéraire sont aussi faciles à lire que des romans, bien plus palpitants qu'eux et font cette différence de poids qu'à la sortie on est moins idiot. Tous servent son œuvre.
- "Des choses cachées depuis la fondation du monde" - Grasset 1978 et Le Livre de Poche 1983
Non pas que Monsieur René Girard ait quelque chose à nous en dire mais que les Ecritures les disent. Le titre est une citation de Mathieu. C'est la seconde partie du diptyque débuté avec "La violence et le sacré" et son volet judéo-chrétien. Après avoir mis à nu les mécanismes sacrificiels qui, par le religieux primitif, perpétuaient et perpétuent encore, dans une moindre mesure seulement, les sociétés humaines, René Girard nous donne à voir toute l'originalité du corpus biblique : une vision se centrant de plus en plus sur le point de vue du persécuté et non plus des persécuteurs, jusqu'à l'éclatant récit de la passion de Jésus qui déchire le dernier voile. Travail mené sous forme de discussions, ce livre est un nouvel exposé des mêmes thèses que dans "La violence et le sacré" mais avec, pour la première fois, un éclairage complet, y compris chrétien. Les chrétiens précisément y trouveront en un seul livre un large exposé des théories de René Girard avec sa lecture inédite de plusieurs textes judéo-chrétiens. Un écueil important toutefois dans ce livre (et dans d'autres) : René Girard pensait, à l'époque de sa rédaction, que le christianisme était une voie hors du sacrificiel. Dans le texte "Théorie mimétique et théologie", paru dans son livre "Celui par qui le scandale arrive", il reconnaîtra que "Jésus est aussi un 'bouc émissaire' qui 'se sacrifie' pour les hommes". Par voie de conséquence il y indique aussi que "la critique de l'Epître aux Hébreux [et d'autres idées exprimées dans 'Des choses cachées depuis la fondation du monde'] me paraît injuste désormais". Cette remarque, qu'il faut avoir présente à l'esprit, n'enlève rien à l'intérêt du livre.
- "Le bouc émissaire" - Grasset 1982
René Girard nous interroge sur la raison pour laquelle des textes du Moyen Age, exposant les motifs qui conduisaient aux massacres de Juifs et aux chasses aux sorcières sont immédiatement reconnus comme "textes de persécutions" alors que les textes de nombreuses mythologies et les tragédies grecques, objectivement très proches, ne le sont pas. Au-delà du fait que ce sont des chrétiens qui persécutaient, René Girard nous montre que c'est le christianisme qui fait ce savoir et nous explique comment par une longue et passionnante analyse des textes sur la passion (c'est de ce livre que proviennent mes citations concernant le reniement de Pierre), la décollation de St Jean-Baptiste, les démons de Gérasa, etc. Plus de la moitié du livre est consacrée à cette exégèse biblique et encore une fois des lecteurs chrétiens seront intéressés par ce travail.
- "La route antique des hommes pervers" - Grasset 1982
Un exercice d'interprétation totalement inédit du "Livre de Job." Qui est Job ? "Un homme qui se soulève contre un dieu complice des foules persécutrices", nous dit René Girard (voir le chapitre "Le Dieu des victimes"). Une passionnante méditation sur les sociétés humaines et sur l'originalité de ce texte biblique et de la Bible qui a protégé, malgré les tentations qu'il nous fait découvrir, les paroles d'une victime exemplaire.
- "Shakespeare, les feux de l'envie" - Grasset 1990
C'est le premier livre que j'ai lu de René Girard et j'ai une sympathie particulière pour lui. Nul besoin de connaître Shakespeare pour lire cette passionnante critique. René Girard nous apporte, page après page, les principales articulations d'une oeuvre littéralement hantée par toutes les formes du mimétisme, jusqu'aux crises engendrées par elles et leur résolution dans la violence collective. Un portrait sans complaisance de l'humain sous la plume du grand dramaturge, magistralement et systématiquement dévoilé par René Girard. Un livre passionnant et un chef-d'oeuvre en soi pour la démystification d'une oeuvre théâtrale aussi admirée que méconnue dans ses implications profondes.
- "Quand ces choses commenceront" - Arlea 1994
Sur la trame d'échanges avec Michel Treguer, un survol passionnant de l'oeuvre de René Girard, une rapide synthèse de ses découvertes et de leurs conséquences. Toutes mes citations, je crois, sauf celles relatives au reniement de Pierre, son tirées de ce petit livre.
- "Je vois Satan tomber comme l'éclair" - Grasset 1999
Quelqu'un a dit qu'il s'agit du "Génie du christianisme" pour le XXIème siècle. A partir de comparaisons entre textes mythiques et bibliques l'expression de ce qui fait l'originalité irréductible des écritures judéo-chrétiennes. Au cœur de cette entreprise un projet de réhabilitation des mérites de ces écritures : "il m'a semblé que l'essentiel a été compris, à savoir que la théorie mimétique ressort telle quelle des textes bibliques et évangéliques. A partir du moment où j'ai pris conscience qu'elle était issue du biblique et des Évangiles, je n'ai plus voulu formuler une théorie indépendante, comme venant de moi, ce que j'avais fait dans 'Mensonge romantique et vérité romanesque'. De même dans 'La violence et le sacré', où j'aborde la théorie mimétique pour la première fois au chapitre VI, je la regarde encore pour mon invention propre". En bref, son livre aujourd'hui le plus important pour un chrétien.
- "Celui par qui le scandale arrive" - Desclée De Brouwer 2001
Trois textes inédits dont le très important "Théorie mimétique et théologie" et des entretiens avec Maria Stella Barberi. Beaucoup d'idées intéressantes tel, du texte mentionné : "Le recours au même mot [, sacrifice, s'agissant du christianisme,] coupe court à l'illusion d'un terrain neutre complètement étranger à la violence d'un poste d'observation non sacrificiel que les sages et les savants pourraient occuper en permanence pour s'emparer de la vérité à moindre frais" ou encore, tiré des entretiens : "[Il faut voir] si des aspects de la vie qui étaient contraints par le [vieux] système sacrificiel ne vont pas s'épanouir, d'autres domaines de la science, d'autres types de vie. Tout ce que la Passion défait dans l'ordre de la culture pourrait bien être une ouverture, un enrichissement extraordinaire. C'est même certain". Comme je regrettais un certain pessimisme dans ce livre, Vincent Montoya trouve au contraire que "René Girard condense ses idées dans des explications et des formules très brèves et lumineuses. Cela présage à mon avis un discours plus complet par la suite, qui intègre des donnés nouvelles, parce que les données précédentes auront été exprimées rapidement".
- "La voix méconnue du réel" - Grasset 2002
Il s'agit d'un recueil de textes de René Girard parus en anglais dans "To Double Business Bound", des revues américaines, ainsi qu'une intéressante communication lors d'une conférence à Tel-Aviv sur nos rapports historiquement ambigus avec "l'innovation". On y trouve un discours intéressant sur les mythes fondateurs du Structuralisme, et de nouvelles perles : un texte sur l'antisémitisme dans les évangiles, un autre sur Dostoïevski où les thèses de René Girard sur le monde moderne sont exprimées très simplement, "La peste dans la littérature" et "Un équilibre périlleux", un essai chatouilleux d'interprétation du Comique.
- "Le sacrifice" - Bibliothèque nationale de France - Collection : Conférences del Duca 2003
Il s'agit du texte de trois conférences prononcées par René Girard au grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France à Paris en octobre 2002. Il y commente essentiellement certains textes extraits de La doctrine du sacrifice dans les Brahmanas de Sylvain Lévi. Tout l'intérêt de ce petit livre, et ce n'est pas peu, réside dans le fait qu'il éclaire pour nous la façon dont les brahmanes percevaient les problèmes auxquels ils devaient faire face et les solutions auxquelles ils recourraient. La nature mimétique des conflits ne leur échappait pas et le raffinement de leurs stratégies sacrificielles est remarquable. Dieux et démons luttent sans fin pour mille objets qui ne se peuvent ou que l'on ne veut pas partager. Le sacrifice réalisé à la perfection est théoriquement décisif qui donne toujours la victoire aux dieux. S'il ne l'est pas, peut-être parce que les choses sont allées trop loin, Prajâpati, le "dieu sacrifice" (ou pour Girard le "sacrifice dieu" et le premier sacrifié) entre en scène, "voit" le sacrifice le premier et son intervention est la plus décisive. Une très bonne approche du savoir des sacrificateurs de l'Inde védique jusqu'à l'évocation de leur propre autocritique, prémisse "de la présence d'une inspiration antisacrificielle et même non-sacrificielle dans les parties les plus avancées de la tradition védique, celles qui annoncent le grand mysticisme indien des Upanishads, et aussi celle qui, en sortant de l'Inde, finira par engendrer le bouddhisme."
- "Les origines de la culture" - Desclée de Brouwer 2004
Ce livre d'entretiens avec les professeurs Pierpaolo Antonello et Joao Cezar de Castro Rocha des universités, respectivement, de Cambridge et de Rio de Janeiro, se présente tout d'abord comme une évocation de certains aspects biographiques en liaison avec la genèse de l'oeuvre de René Girard. C'est ensuite une mise au point générale ou une actualisation concernant le mécanisme mimétique, les aspects chrétiens de l'oeuvre (avec pour la première fois peut-être une prise de position par rapport à l'Eucharistie !) et leurs implications dans la conception girardienne de l'homme et d'une hominisation ancrée dans les comportements des animaux. Au fil des pages, et plus particulièrement vers la fin, les sources de la théorie mimétique et les commentaires, critiques et travaux contemporains de nombreuses personnes ayant ou non des rapports avec René Girard sont évoqués.
- Voir aussi la section Actualité pour les livres les plus récents.
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